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TOURISME
FETE DE GENERATION

Profusion de culture ancestrale en pleine capitale

Kaolin, « agbodjama » à satiété, chants de louange en langue, danse guerrière. Le jeudi 13 août 2009, la génération Tchagba de Bidjan Santé (village ébrié de la commune d’Attécoubé) a renoué avec une fête, le « Fatchué », vieille de plus de trois siècles. Reportage sur une culture captivante qui refuse de mourir.

Un tambour à la panse énorme comme un fût de 100 litres, peint en rouge, dont les sons percutants montent au ciel, dans une harmonie parfaite avec « l’alégnin », ces vers de louange chantés en ébrié (ou atchan) par des femmes en rangs serrés, respectant au centimètre près une chorégraphie uniforme. Ce sont les membres de la génération Tchagba de Bidjan-Agban, voisin de Bidjan Santé. Ils sont les premiers à faire leur entrée dans le village. Le protocole atchan a institué cela, car les fondateurs des deux villages étaient des cousins. Ils s’annoncent à l’unique voie d’accès du village (c’est ainsi dans presque tous les villages ébrié, qui ont gardé des plans de site pour rester en éveil face aux ennemis, mais aussi face aux assauts du colon). Il est un peu plus de 7H. En tête de la procession, se trouve le « taprognan-man » ou guerrier principal de la génération Tchagba de la classe d’âge (ou catégorie) Djéhou, le doyen des guerriers des quatre classes d’âge. Le deuxième guerrier principal qui vient après lui est celui de la classe d’âge Dogba. Suivent ceux des classes d’âge Agban puis Assoukrou. « C’est la même classification dans tous les villages atchan », explique Eugène Ahouadja, pasteur de l’Eglise méthodiste unie et président du comité d’organisation.


Tous les « taprognan-man » sont suivis de près par des « taprognan-min » ou seconds combattants. Ils entraînent dans leur sillage des « nimpa-ahoui », entendez « ceux qui voient clairs », autrement dit ceux à qui on attribue des dons de double vision, nécessaires dans un combat mystique à distance. Les guerriers de ce jeudi matin sont reconnaissables par leur tenue d’apparat. Celle-ci n’a pas changé depuis la nuit des temps. Elle est faite en étoffe de couleur noire, avec des figurines, des bandes en rouge et des miroirs en forme de cercle de petit diamètre. Certains « taprognan-man » à l’exception des guerriers de la classe d’âge Assoukrou, trop jeunes pour la porter, arborent, le « n’wôwô », la mythique tenue guerrière faite en raphia et conçue suivant une technologie unique par des initiés du village de Bidjan-Anoumabo (commune de Marcory), seuls habilités à les fabriquer. Les guerriers dansent le « ani-taprognan », la danse guerrière. Qui est une chorégraphie envoûtante restée intacte depuis des générations, faite de petits pas saccadés d’une rare intensité et des gestes avec les mains surmontées de deux petits sabres, le tout dans un rythme endiablé qui allie transe individuelle ou collective, spectacle et férocité.



Unanimité politique

La procession conduite par les guerriers de Bidjan-Anoumabo suit celle de Bidjan-Locodjro et de Bidjan-Thé, tous les deux faisant partie de la commune d’Attécoubé. Il est presque 9H et l’effervescence gagne le petit village hôte situé sur une plaine (position de défense stratégique pendant les temps ancestraux), séparé de la très moderne commune du Plateau par la lagune ébriée, limité au nord par l’autoroute du nord, à l’est par la forêt du Banco et à l’ouest par Bidjan-Locodjro. Quand les guerriers des trois derniers villages (Adiopto I, Bidjan-Adjamé et Bidjan-Cocody) de la tribu Bidjan invités, finissent d’entraîner les foules nombreuses d’hommes et de femmes, badigeonnés de kaolin ou de talc, en tee-shirt « Fatchué 2009 » ou portant des pagnes tissés akan (grand groupe ethnique auxquels font partie les Ebrié) ou des tissus rouges autour de la hanche ; il est presque 11H.

« Autrefois, raconte Samuel Akpa, un Gnandô Agban du village de Bidjan-Anoumabo, le guerrier était choisi par les membres de sa classe d’âge pour son courage, sa force physique, sa puissance mystique. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là, puisqu’il n’y a plus de guerres tribales. Le guerrier aujourd’hui est choisi par les membres de sa classe d’âge, pour son éthique, son intégrité et sa probité morale, pour sa sagesse aussi, parce qu’il est appelé à être la lanterne, le représentant de toute une génération ».

A 11H, place à la cérémonie officielle. Elle ne dure pas plus d’une heure. Pendant ce temps, la fête continue de battre son plein dans le village. Les différentes artères du village sont bondées de femmes coiffées, portant des pagnes neufs, des jeunes filles badigeonnées de kaolin, des jeunes garçons qui au visage noirci, qui maquillé au kaolin, qui dansant au son d’une musique traditionnelle atchan diffusée dans tout le village par des haut-parleurs. La fête se passe aussi à l’école primaire du village où ont pris leur quartier, les guerriers des sept autres villages de la tribu Bidjan. La fête, c’est aussi et surtout la bière et le vin qui coulent à flot dans les cours, l’attiéké « agbodjama » à l’huile rouge accompagné de poisson de lagune frit ou cuit à la vapeur, servi gratuitement à qui veut manger dans des sortes de restos du cœur improvisés.

Le parrain du « Fatchué 2009 » se nomme Jean Félicien Gbamnan Djidan. Il est le maire (FPI, parti présidentiel) de Yopougon et natif de Kouté (village atchan de la commune de Yopougon). Le président de la cérémonie est Paulin Claude Danho, le maire (PDCI, parti d’opposition) de la commune d’Attécoubé, lui-même membre de la génération qui fait sa sortie officielle. Le « Fatchué » transcende les clivages politiques. Ainsi, Pierre Djédji Amondji, le gouverneur (FPI) du district d’Abidjan prend-il place à côté de N’Koumo Mobio, l’ancien maire (PDCI) de la ville d’Abidjan. Tous les deux sont des Atchans. Noël Akossy Bendjo, maire (PDCI) de la commune du Plateau, assis à côté de responsables locaux du Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara) et du Parti ivoirien des travailleurs (PIT de Francis Wodié), confie à un voisin européen que « le Fatchué est une fête qui regroupe l’ensemble des catégories d’une génération, qui permet de boucler un cycle. Logiquement, cette fête prépare à la prise du pouvoir de cette génération en pays atchan. Ce sont les Dougbô qui sont au pouvoir présentement. Les Tchagba vont devoir attendre un peu. Pour l’heure, ils sont admis à prendre la parole en assemblée. Ce sont des gens qui ont entre 40 et 50 ans ».

Pour sa part, le gouverneur Amondji ne cache pas sa fierté : « C’est une fête qui nous enracine dans nos valeurs du terroir atchan. Dieu a béni le peuple atchan en choisissant son site comme capitale de la Côte d’Ivoire, mais nous n’avons pas perdu les pieds et les pédales ».

Il a choisi à l’instar de presque tous les cadres, élus et fonctionnaires atchan qui assistent à la cérémonie d’ouverture, de s’habiller en chef akan : chaînes et bagues en or massif, pagne « kita » importé du royaume ashanti, royaume d’origine des Akan, sandales « abodjé », etc.



Les Tchagba à l’honneur

A midi, pendant que les officiels se retirent, des centaines d’Abidjanais affluent vers le village des « hommes récalcitrants » (traduction littérale de Santé), devenu le temps d’une journée, la capitale ivoirienne des cultures et valeurs ancestrales, récalcitrantes devant les assauts intempestifs des civilisations occidentales et des snobismes aveugles.

En milieu d’après-midi, commence la procession de la génération Tchagba de Bidjan-Santé, point d’orgue de la cérémonie initiatique. Quand Edouard Nandjui, le doyen des huit guerriers (principaux et seconds combattants) de la génération, fait son entrée sur la place publique, on se croirait à un carnaval de mysticisme. Rien n’est moins sûr…

Cependant, chaque acteur joue bien son rôle, à la fois mystérieux et théâtral. Le « taprognan-man » a le visage masqué de charbon. Il retient entre les incisives bien serrées, un bout de branche qui en rajoute au mystère. Outre ses protecteurs aux torses nus, au corps badigeonnés de kaolin et portant des morceaux d’étoffes rouges aux hanches, se trouve dans le lot, une jeune femme, majestueuse dans son pagne traditionnel tissé, qui tient dans ses mains, un van et qui ramasse tous les objets (morceaux d’étoffe, fils de bonnet, etc.) que laisse tomber le guerrier.

La mise en scène est parfaite. La population, qui a pris d’assaut les deux côtés de la voie principale du village, regarde le spectacle, à la fois admirative et craintive. Parfois, elle applaudit et danse avec la procession. D’autres fois, elle observe la scène, dans un calme plat, les yeux rivés sur un « taprognan » qui fait son « show » avec ceux de sa classe d’âge.

Le spectacle est loin d’être une improvisation. Au cours de la danse guerrière, aucun faux pas n’est permis. Chaque membre de la génération connaît, en effet, par cœur, sa partition. Le samedi avant la fête, selon la coutume, est la date réelle du début de l’initiation. Le samedi 8 août donc, il y a eu une répétition générale et publique suivie et corrigée par les membres de la génération Dougbô, les aînés directs des Tchagba ainsi que par les doyens de la génération Gnandô. Ces derniers sont passés par le même rite initiatique, il y a quinze ans, pour les Dougbô et trente ans pour les Gnandô. Dans quinze ans, les benjamins des quatre générations, à savoir les Blessoué, seront à leur tour à l’honneur.

En attendant, tous les membres de la génération Tchagba boucleront demain samedi, leur cycle initiatique par la sempiternelle cérémonie de lavage des pieds, qui rappelle la fameuse scène du lavage des pieds dans Le Nouveau Testament de la Bible. C’est la cérémonie de purification du corps par excellence, qui vient mettre un terme au « Fatchué ». Pour coller avec le temps et pour bien marquer que toute cette profusion de scènes mystiques, de chorégraphies de la terreur et de rites traditionnelles n’est rien d’autre que de la culture traditionnelle à l’état pur, tous les membres de la génération, animistes comme chrétiens, athées comme prosélytes, se retrouveront dimanche dans les trois temples du village (catholique, harriste et méthodiste unie) repeints pour la circonstance, pour des messes éclatées de purification des âmes.

André Silver Konan

 
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